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01/05/2008

Arrêt sur images sonne le glas des JT

143573939.jpgA marquer d'une pierre blanche. La version en ligne de l'émission "Arrêt sur images", qui a passé jadis de longues heures à décrypter les journaux télévisés prend acte du déplacement profond des équilibres médiatiques. “Les jités en valent-ils la peine?” s'interroge Daniel Schneidermann. Au prétexte de mesurer si l'effort d'archivage quotidien de ces sources, qui mobilise l'équivalent d'un poste à temps plein, est encore justifié, la question est posée aux abonnés. Mais les arguments présentés par l'animateur indiquent la pente.

“Les jités de Pépéjadas sont-ils encore, aujourd'hui, le lieu central où se forge l'imaginaire collectif? Sont-ils encore le lieu d'une influence qui justifie qu'on les observe à la loupe? Mon intuition personnelle me pousse plutôt à répondre non. Certes, ils sont encore massivement regardés (de moins en moins, mais tout de même). Mais leur influence dans le débat public n'est pas à la hauteur de leur audience. (...) On y quête une sorte de vague confirmation d'on ne sait quoi, de choses apprises ailleurs. Et cela est d'autant plus vrai que l'on est plus jeune. Plus on vieillit, plus les jités restent la source unique d'information. Plus on est jeune, plus ils apparaissent comme une sorte de source virtuelle de bruit, située quelque part dans le paysage, entre les gratuits du matin, Dailymotion, les émissions que l'on se podcaste, et une myriade éclatée de sites. Dans l'ensemble, leur influence me semble désormais s'exercer davantage par la négative que de manière positive. Je veux dire que ces jités (et au delà d'eux, l'ensemble des médias traditionnels) conservent, en occupant l'espace qu'ils occupent, le pouvoir considérable d'empêcher d'émerger les thèmes qu'ils ne traitent pas. Ils conservent aussi le pouvoir de ratifier, en leur donnant de l'écho, des thèmes imposés ailleurs. (...) Ils sont désormais incapables d'imposer eux-mêmes un sujet dans l'agenda. (...) Devons-nous continuer de scruter ce lieu qui influence de moins en moins de citoyens et qui, biologie aidant, en influencera de moins en moins? Devons-nous garder notre loupe braquée sur des images que vous, abonnés de ce site, ne regardez majoritairement pas? Ou bien devons-nous concentrer nos forces sur les lieux d'influence émergents (presse en ligne, sites de partage, interviews radio du matin, chaînes de la TNT ou étrangères, émissions de télé tardives ou minoritaires que nous sous-traitons pour le moment, comme le Grand Journal de Canal+, Ruquier, Taddei), sur les mécaniques de buzz ou de reprises, et sur les innombrables intox du Web, qui n'ont rien à envier à celles d'Elkabbach? Où notre grain de sable est-il le plus utile?”.

Les “innombrables intox du web”? Ce n'est pas @si qui nous aidera à savoir lesquelles. Mis à part ce remords, qui indique bien que Schneidermann n'est pas encore prêt à jeter sa haire avec sa discipline, la réponse ne fait guère de doute. Sous la fausse question, le journaliste sent bien l'urgence d'un renouvellement. Ce nouveau programme (qui ressemble beaucoup à celui que je lui prédisais dès l'annonce de la création du site) lui est en réalité imposé par son public en ligne. Reste à savoir si l'équipe blanchie sous le harnais du décryptage des grand-messes a les moyens de le mettre en oeuvre.

19:16 Publié dans télé | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : journalisme

25/04/2008

Petits dérapages entre amis

Succès d'estime sur les plates-formes pour l'archive de Laurent Ruquier annonçant prématurément le décès de Pascal Sevran sur France 2 le 21 avril (6 copies sur Dailymotion, 5 sur Youtube, pour un total approchant les 80.000 vues). On pourrait penser qu'il y a quelque injustice à voir ainsi épingler ce faux-pas, alors que l'animateur, victime collatérale de la bourde de Jean-Pierre Elkabbach, paye ici pour les autres (Morandini, qui fait la même annonce sur Direct 8 à 19h20 ne recueille qu'un petit 2453 vues).

Mais il y a chez Ruquier une belle obstination dans l'erreur: en présentant ses excuses, quelques minutes plus tard, il attribue faussement à l'AFP la dépêche qui lui a été passée. Ce qui l'oblige à réitérer ses regrets le lendemain, à la demande de l'agence. Mal à l'aise, le chansonnier qualifie l'info de "canular", en omettant de rappeler que c'est son patron qui est à l'origine de la fausse nouvelle. Tant de constance dans la camaraderie de chaîne force le respect et garantit à la série le destin de "casserole" – un remords visuel inscrit pour longtemps dans le sillage de l'animateur, et que la télé, qui n'adore rien comme de manger ses enfants, se fera un plaisir de lui resservir sur un plateau, dès que l'occasion se présentera.

07/04/2008

La fin du papier glacé

665a0385ab6ecd55202e1f81ebbd9750.jpgQuels garnements, ces journalistes! Par devant, ils vous assassinent crânement le journalisme citoyen, coupable de tous les maux, incapable de produire une information de qualité. Par derrière, ils courent résolument après le train de la privatisation de la mise en scène de l'information.

Nouvel exemple la semaine dernière, avec le traitement par Paris-Match de la visite londonienne du couple présidentiel. Depuis Abou Ghraib, l'actualité chaude ("hot news") nous avait habitué à l'image numérique à bruit apparent – qualifiée dans le langage courant de "photo pixellisée". Dans ce cas, c'est le caractère exceptionnel de l'événement qui excuse la mauvaise qualité de l'image, dont on comprend qu'elle n'était pas réalisable dans d'autres conditions.

Ce n'est pas ce contexte que connotent les nombreux défauts techniques de la photo de Une du dernier numéro de Match. L'éclairage ambiant du couloir d'hôtel, la définition médiocre, le bruit apparent, les aberrations: tout contribue à faire passer la prise de vue de Claude Gassian pour une vulgaire photographie amateur. A l'école Louis-Lumière ou aux Gobelins, on doit se mordre les doigts. Plus besoin du long apprentissage de la sensitométrie, de la subtile maîtrise de la lumière ou de l'art de la retouche digitale. Désormais, un compact grand public suffit pour rendre compte d'une visite d'Etat.

Pour ce sommet du protocole, ce choix de l'intimité du couloir d'hôtel, de la photo volée, tranche avec le registre officiel et sa traduction obligée par une photo professionnelle, léchée et impeccablement retouchée. Une qualité d'image qui avait fait la marque de fabrique des magazines des années 1970, évoquée par l'expression "papier glacé", qui associe le brillant de l'impression au glamour des apparences. Un style qui déserte de plus en plus les pages illustrées des journaux, pour se cantonner désormais au seul territoire de la publicité. Pour combien de temps encore?

13/03/2008

Comment marche un blog embedded

62b992575ccc95b128aed97c19063da2.jpgPetit tour par les cuisines. Trois semaines après la création du Flipbook, il est possible de se faire une idée un peu plus précise du fonctionnement d'un blog "embedded". A la différence d'ARHV, le Flipbook est en effet hebergé sur la plate-forme de 20minutes.fr. Cet hébergement est gratuit, il ne suppose aucun engagement ni aucune contrepartie. Toutefois, sans qu'existe de lien formel entre le blogueur et la rédaction, celle-ci m'encourage à lui signaler les billets que je juge intéressants. Sur 17 posts, 5 ont fait l'objet de "remontées", soit sur la Une du site ("Cachez ce sein", "Le Parisien découvre la viralité", "L'anti-buzz Cotillard", "La Première Dame rattrapée par ses photos"), soit sur la Une des lecteurs ("La Nouvelle Star"). La différence de fréquentation entre les deux catégories est sans appel. Alors qu'un billet non signalé n'atteint que quelques centaines de vues, les autres voient leur nombre de lecteurs multiplié par dix. Le record est évidemment battu par les photos de Carla Bruni, qui ont attiré plus de 10.000 visiteurs en une journée (voir graphique ci-dessus, journée du 10/03, qui culmine à 13.440 vues) - un score comparable à celui obtenu sur ARHV après un signalement sur le site du Monde.fr.

Ces observations confirment les leçons qui s'étaient imposées pendant l'étude de la campagne présidentielle, qui décrivaient les sites de grands médias comme les véritables catalyseurs du buzz, et les blogs comme de nouvelles sources procurant à la machine médiatique "un combustible toujours renouvelé". Un schéma bien différent de l'opposition des méchants médias et des gentils blogs, couramment promu par la blogosphère, mais aussi de l'antagonisme du méchant buzz et des gentils médias, volontiers véhiculé par les journalistes.

09:20 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : blog, journalisme

07/03/2008

D'un obscur recoin du net...

Reçu hier une demande d'interview pour un projet de documentaire consacré au "phénomène des buzz négatifs". Je cite: «Du "CV vidéo de Mathieu Vaidis" au "Casse toi pauvre con" de Nicolas Sarkozy, nous expliquons par quels mécanismes et avec quelles conséquences éventuelles, propos et images de tout un chacun peuvent se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias traditionnels.»

Ma réponse: «Merci de votre invitation. Puis-je toutefois vous faire remarquer que la vidéo "Casse toi..." a été tournée par une équipe professionnelle, puis diffusée sur le site du Parisien.fr, qui a fait retirer ses copies non autorisées de Dailymotion et Youtube, de façon à conserver le contrôle de son copyright. Il s'agit donc d'un exemple qui illustre l'inverse de ce que vous souhaitez démontrer ("se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias traditionnels."). Peu désireux de participer à une manipulation médiatique de plus sur internet, je suis au regret d'avoir à décliner votre invitation.»

«Se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias» est une formule poétique et puissante. Ce qu'elle désigne n'est rien d'autre que cette nouvelle potentialité offerte aux usagers d'internet, qu'on dénomme habituellement viralité. La qualifier par l'expression "buzz négatif" montre à quel point les médias traditionnels résistent à l'idée de se voir dépouillés de leur pouvoir de diffusion, et de leur rôle dans l'appréciation de ce qui compte ou pas. A leurs yeux, on le comprend, tout buzz est forcément négatif, puisqu'il ne provient pas d'une instance institutionnelle légitime. Les producteurs de cette émission ne s'en rendent probablement pas compte, mais ce que promeut insidieusement leur formulation ("recoin obscur", "buzz négatif"), c'est ni plus ni moins le retour à la bonne vieille censure.

10:05 Publié dans télé | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : viralité, journalisme

05/03/2008

L'anti-buzz Cotillard

Etrange non-buzz autour des déclarations complotistes de Marion Cotillard - ou plutôt: étrange décalage entre médias classiques ou en ligne, très excités par l'affaire, et la viralité très basse des vidéos circulant sur Youtube ou Dailymotion: plus de 7.000 vues pour la vidéo la plus regardée sur Youtube, près de 15.000 vues pour la plus regardée sur Dailymotion: des chiffres très faibles étant donné le bruit médiatique (même en tenant compte du retrait de plusieurs versions datées de dimanche), comparativement beaucoup moins importants que ceux des vidéos sur la remise des Oscar, mis en ligne à peu près en même temps.

Rappel chronologique: l'émission de "Paris Dernière" avait été diffusée une première fois le 16 février 2007 sur Paris-Première, à l'occasion de la sortie de La Môme, puis apparemment rediffusée (invérifiable) la semaine dernière sur cette même chaîne. La première reprise web semble celle du site Purepeople.com, cité comme source par Marianne2.fr, le 29 février, puis le site de Marianne ce même jour. Un papier ultérieur du même journal relèvera le nombre important de commentaires laissés par des adeptes de la théorie du complot. Cela dit, on peut vérifier que ce nombre est encore plus important sur la version du site jeanmarcmorandini.com, qui reprend l'information d'après Marianne lui aussi le 29 février (1415 commentaires, contre 763 sur Mariane2.fr, 126 sur le site du Nouvel Obs et 26 sur Le Post, au 04/02 à 23h).

Bref, l'impression d'un effet de reprise médiatique, soutenu notamment par les sites pipole, plutôt qu'un buzz proprement dit. Après montée en sauce par les médias US, puis reprise aujourd'hui par plusieurs JT français, l'actrice a exprimé ses excuses. Une piteuse affaire qui témoigne, après plusieurs autres (SMS, vidéo "Pauvre con", etc.) du sensationnalisme de caniveau des sites de médias ou de journalistes en vue (Le Nouvel Obs, Le Parisien, Marianne, Jean-Marc Morandini). On s'attend évidemment à ce que cet anti-buzz soit généreusement attribué à internet et aux blogs par les habituels censeurs des nouvelles technologies, alors qu'il s'agit à l'évidence d'une dérive du journalisme classique, dont les méthodes et les gardes-fous sont visiblement soumis à rude épreuve par l'économie et la vitesse de leurs vitrines en ligne.

02/03/2008

Informer est un métier

663eadd459b504cc333352b57d80c342.jpg“La photo marquera peut-être le quinquennat de Nicolas Sarkozy”, écrit le Figaro.fr dans son édition d'hier à propos de cette image de Rémy de la Mauvinière (AFP), exécutée au domicile de Nelson Mandela, qui a reçu la visite de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni. Voilà en effet une bien belle image. Veux-tu jouer avec nous à la décrypter?

- Identifie le personnage assis, au milieu de l'image. Pourquoi est-il connu? Que représente-t-il pour toi?

- Qu'est-ce qui relie les trois personnages de la photo? Quel valeur évoque à ton avis ce geste? Ne faudrait-il pas que tous les gars du monde fassent de même?

- Reconnais-tu le personnage de gauche? Te souviens-tu de ses ennuis en début de semaine? Penses-tu qu'il puisse y avoir un lien entre ce qu'on lui a reproché et cette photo?

- Comment est habillée la jeune femme? Peut-on l'imaginer participant à un défilé de haute couture? Pourquoi?

- Dans quelle pièce de la maison nous trouvons-nous? Qui a donné à la jeune femme le livre qu'elle tient à la main? Explique pourquoi ces détails te font penser à Apostrophes de Bernard Pivot plutôt qu'au yacht de Bolloré.

- Le photographe était-il là par hasard? Pourquoi peut-on penser que les trois personnages sont au courant de sa présence? A ton avis, cette rencontre aurait-elle eu le même intérêt en l'absence d'image?

- Estimes-tu qu'un tel reportage renforce ta confiance en l'indépendance de la presse? Quel terme te semble le plus approprié pour le qualifier? Que penses-tu du photographe qui l'a réalisé?

25/02/2008

Le Parisien découvre la viralité

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Fier de l'occasion de mettre en avant sa nouvelle plate-forme de diffusion de vidéos, le site du Parisien.fr avait mis en ligne samedi soir l'enregistrement de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au salon de l'Agriculture avec son désormais célèbre "Casse toi, pauvre con!", dûment muni d'un bandeau "Le Parisien".

Mais le succès rencontré par cette vidéo, rapidement signalée par divers sites de presse (Le Monde, le JDD, 20 Minutes, etc.), a visiblement pris au dépourvu une rédaction peu habituée au buzz. Devant les difficultés de Kewego - la plate-forme choisie par le quotidien - pour faire face à l'afflux de demandes simultanées, occasionnant une diffusion hachée de la séquence, plusieurs dizaines d'internautes entreprenaient, dès samedi soir, d'en télécharger des copies sur Dailymotion puis sur Youtube.

Interloquée par l'existence de ces reproductions, alors qu'elle croyait disposer d'une interface qui l'interdisait ("Nos vidéos ne sont pas censées êtres blogables, grâce à un lecteur vidéo spécifique à notre site", selon Armelle Thoraval), la rédaction du Parisien demandait à Dailymotion le retrait des premières copies (ainsi qu'à Youtube, sans succès, pour cause de week-end). En vertu des règles de la propriété intellectuelle, la plate-forme française n'avait pas d'autre choix que de s'exécuter. Résultat: dès dimanche matin, des dizaines de nouvelles copies affluaient sur Dailymotion et Youtube, certaines issues de nouvelles reproductions à partir de l'original, sans le bandeau du quotidien. Le dimanche soir, la séquence était également recopiée à partir des extraits de JT de TF1 ou France 2. Les retraits de Dailymotion lui ont entretemps porté tort: agacés par les  coupures d'accès, la plupart des sites de presse, d'habitude fidèles à la plate-forme française, ont alors renvoyé à la version sur Youtube.

Le Parisien a perdu la bataille de la viralité: en voulant préserver son copyright, il a poussé les internautes à recourir à d'autres sources. La version désormais multicopiée sur Dailymotion ne porte plus le bandeau du quotidien. Dernier épisode du feuilleton: peu de temps après avoir passé le cap du million de consultations, ce matin à 9h50, la version orginale de la vidéo sur Kewego vient d'être retirée de la plate-forme (alors qu'elle est toujours accessible sur le site du Parisien). Une bonne occasion de publicité perdue - et la démonstration visible par tous que la rédaction a encore tout à apprendre du phénomène du buzz.

A sa décharge, la montée en consultation de la vidéo est la plus forte jamais observée pour une vidéo à caractère politique (plus importante que celle de la vidéo "Sarkozy G8", qui a battu depuis tous les records). Les caractéristiques virales de cette séquence sont inhabituelles, en raison de la multiplication très rapide des copies, mais aussi de l'apparition de remix musicaux - phénomène nouveau dans ce contexte - qui témoigne d'un passage d'un buzz passif à une viralité active. Le nombre et la dispersion des copies rendra plus difficile la mesure et le suivi d'une fréquentation qui s'annonce sans précédent.

 
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