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21/04/2008

Raconter des histoires avec des images

d0a5f0bb9e459481fe51d77935584c7a.jpgEn discutant l'autre jour des évolutions du photojournalisme avec une étudiante canadienne, je constatais une fois encore que le point de départ de l'analyse est le prototype de l'image d'information, où à un événement ponctuel et bien identifié correspond son iconographie légitime et nécessaire. Mais si ce modèle fonctionne pour une catégorie bien particulière d'événements – du type 11 septembre – il représente en réalité l'exception plutôt que la règle. Il suffit de feuilleter n'importe quel journal, n'importe quel magazine, pour s'apercevoir que la majeure partie de son iconographie relève d'un autre modèle: celui de l'illustration, où le rapport à l'événement n'est pas dicté par la fonction informative de l'image, mais plutôt par ses fonctions décorative ou narrative.

Bel exemple ce matin avec la couv' de Libé. Pour illustrer le bilan jugé calamiteux d'un an de présidence, le quotidien a choisi une photographie en gros plan de Nicolas Sarkozy, à un moment où il n'était encore que candidat, lors d'un meeting le 24 avril 2007 à Rouen, où on l'aperçoit tendu par l'effort, le visage couvert de gouttes de sueur très apparentes.

Le choix d'une photographie datée d'il y a un an, presque jour pour jour, est un clin d'oeil habile à la thématique du bilan. Mais si elle décrit quelque chose de la situation présente pour un lecteur d'aujourd'hui, c'est bien par l'expression de difficulté qui semble marquer le visage du personnage, et qui prend tout son sens dans le contexte actuel, bien différent de celui de la campagne présidentielle.

Même ce gros plan, apparemment univoque, pourrait être utilisé dans un autre contexte pour signifier au contraire la valeur de l'effort, de l'engagement et du don de soi du président de la République. Si nous lisons dans ce visage la peine plutôt que l'action, c'est en réalité que nous sommes guidés par les multiples indications fournies par le titre (“Encore quatre ans”) et la légende (“plutôt un échec”), encore renforcées par un détourage du portrait sur fond noir, qui contribue à orienter la lecture.

Cette utilisation de l'image pour ses qualités narratives est le vrai ressort de l'illustration de presse moderne. Comme le répète Jean-François Leroy, directeur du festival Visa pour l'image, une bonne photographie de reportage est “une photo qui raconte une histoire”. Encore faut-il ajouter qu'on peut faire dire ce qu'on veut à une image.

02/03/2008

Informer est un métier

663eadd459b504cc333352b57d80c342.jpg“La photo marquera peut-être le quinquennat de Nicolas Sarkozy”, écrit le Figaro.fr dans son édition d'hier à propos de cette image de Rémy de la Mauvinière (AFP), exécutée au domicile de Nelson Mandela, qui a reçu la visite de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni. Voilà en effet une bien belle image. Veux-tu jouer avec nous à la décrypter?

- Identifie le personnage assis, au milieu de l'image. Pourquoi est-il connu? Que représente-t-il pour toi?

- Qu'est-ce qui relie les trois personnages de la photo? Quel valeur évoque à ton avis ce geste? Ne faudrait-il pas que tous les gars du monde fassent de même?

- Reconnais-tu le personnage de gauche? Te souviens-tu de ses ennuis en début de semaine? Penses-tu qu'il puisse y avoir un lien entre ce qu'on lui a reproché et cette photo?

- Comment est habillée la jeune femme? Peut-on l'imaginer participant à un défilé de haute couture? Pourquoi?

- Dans quelle pièce de la maison nous trouvons-nous? Qui a donné à la jeune femme le livre qu'elle tient à la main? Explique pourquoi ces détails te font penser à Apostrophes de Bernard Pivot plutôt qu'au yacht de Bolloré.

- Le photographe était-il là par hasard? Pourquoi peut-on penser que les trois personnages sont au courant de sa présence? A ton avis, cette rencontre aurait-elle eu le même intérêt en l'absence d'image?

- Estimes-tu qu'un tel reportage renforce ta confiance en l'indépendance de la presse? Quel terme te semble le plus approprié pour le qualifier? Que penses-tu du photographe qui l'a réalisé?

27/02/2008

Une photo de l'EHESS à la une

eb4cc30ba52647d4d85e22a34ee78725.jpgCoïncidences de l'actu, 20 Minutes.fr me met à la une à toutes les sauces: dans une interview, par Alice Antheaume, sur les réactions à la petite phrase de Sarkozy, mais aussi en illustration d'un article, par  Alexandre Sulzer, réfutant le spectre des années de plomb. Puisque l'occasion se présente, détaillons le parcours d'une image dans un processus d'illustration, vu de l'intérieur.

Le 16 février dernier, pour illustrer un billet évoquant le débat sur les errements du système démocratique, je reprends une photographie de l'EHESS que j'avais effectuée en 2006, après l'occupation du 105, bd Raspail, avec le tag "Mort à a démocratie", qui avait fait couler beaucoup d'encre. En lisant mon blog, Johan Hufnagel, de 20 Minutes, aperçoit cette image et me demande l'autorisation de l'utiliser en illustration de l'article d'Alexandre Sulzner en préparation. Autorisation que je lui confirme d'autant plus volontiers que cette image, comme l'ensemble du reportage effectué au moment de l'évacuation des locaux, sont disponibles depuis l'origine sur Flickr sous licence Creative Commons, qui permet une libre utilisation de la source, à condition de citer l'auteur.

Je constate aujourd'hui que le choix s'est finalement porté sur une autre image, porteuse du tag "La salarié se tue à la tâche/Le patron se tue à la hache" (la légende "Saccage de la Maison des sciences de l'Homme à Paris en 2006" est de la rédaction de 20 Minutes). Et voilà comment un état des lieux de l'occupation de l'EHESS se trouve illustrer deux ans plus tard un article critiquant l'affirmation de la ministre de l'Intérieur sur un "retour du terrorisme d'extrême gauche".

 
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