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02/05/2008

Une Audi pour sauver le monde

1485541872.jpgEtrange mashup du masque de fer, de Robocop et de l'inspecteur Gadget, Iron Man, de Jon Favreau, est surtout un film hanté par la bagnole. Outre le partenariat publicitaire avec la marque allemande, la conception du robot qui s'y déploie, très différente du techno-samouraï imposé par le dessin animé japonais, porte le sceau de l'industrie automobile. Plus que par les exploits de l'homme de fer, la production est fascinée par les opérations de montage-démontage et les robots-assembleurs, véritables héros du film, qui n'arrêtent pas de visser et dévisser une armure peinte aux couleurs d'un racing-car. Un homme qui a un phare de voiture à la place du coeur ne peut pas être tout à fait méchant, semble nous souffler l'intrigue, qui voit Gwyneth Paltrow fourrager à pleines mains dans l'ersatz métallique.

Laissons de côté un scénario qui peine à dissimuler des tendances très pro-McCain sous un vernis politiquement correct (le vilain marchant d'armes soi-disant réhabilité par l'épreuve ne trahit jamais sa philosophie initiale, dont le seul critère est qu'une arme doit être placée en de bonnes mains). Comme de coutume, c'est par ses marges que le blockbuster nous renseigne sur l'évolution de l'imaginaire de la société américaine. La séquence la plus impressionnante du film intervient dès ses premières minutes, avec l'attaque surprise d'une colonne de Hummer US dans les montagnes afghanes. Où l'on voit les soldats de l'armée américaine, blancs de peur, se faire déchiqueter par les armes dont le héros est le fabricant. D'entrée de jeu, tout est dit, avec la terrible efficacité de la machine hollywoodienne. Malgré les tentatives pour redonner à l'intrigue une allure plus marvellienne, le film restera jusqu'au bout enfermé dans ce paradoxe. Un remords plutôt qu'une morale qui, à l'envers du scénario, répète confusément que ce qui devrait nous sauver nous tue.

Reste une bonne nouvelle, que l'on peut déduire des détails d'assemblage dont le film est prodigue: Audi travaille certainement à un modèle propulsé par une énergie propre et inépuisable, à base de palladium. A la portée de tous les milliardaires qui ont une villa avec vue sur la mer à Malibu.

11:44 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : cinema, hollywood, iron man

20/03/2008

Du son dans l'image

"Amateur" de Lasse Gjertsen est devenue une de mes vidéos préférées (un grand merci à lilious pour son signalement). D'après Wikipédia, c'est devant le désintérêt de ses professeurs pour sa première oeuvre: "Hyperactive" (mai 2006), que le jeune norvégien abandonne le Kent Institute of Art & Design, où il étudiait l'animation. Diffusé sur YouTube, cet exercice de montage sur le principe de la batterie humaine se verra classé à la troisième place des Most Creative videos de la plate-forme en ligne, avec près de 7,5 millions de vues.

Recourant au même principe du sample visuel, "Amateur" sera diffusé à partir de novembre 2006 (près de 8 millions de vues à ce jour). Gjertsen, qui ne pratique aucun instrument de musique, mais a réalisé divers remix à base d'enregistrements échantillonnés, se sert ici du montage vidéo pour créer un morceau associant batterie et piano.

Hybride entre animation et vidéo, le résultat est composé de 40 samples de batterie et 130 de piano. Une performance qui n'est pas sans rappeler les premiers pas du cinéma ou du dessin animé parlant, au moment où se teste l'ajustement de ces ressources disjointes. Les multiples répliques ou parodies qui s'inscrivent dans son sillage sur YouTube sont autant d'hommages à l'inventivité et au talent du jeune vidéaste.

On trouvera une description plus détaillée du processus (en anglais) dans un article du Wall Street Journal du 12/12/2006.

12:45 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : video, youtube, cinéma, amateur, remix

19/03/2008

Les Ch'tis: le triomphe des bons sentiments

3cc94c56e70bc746b582c058fc64c7ef.jpgBienvenue chez les Ch'tis est un film étrange. Un film qui s'amuse à débander les uns après les autres tous les ressorts comiques qu'il a lui-même mis en place. L'antagonisme nord-sud? Dès la scène du restaurant, au deuxième jour après son arrivée, le nouveau venu s'acclimate au fameux parler local, et brise la ressource comique de l'incompréhension. L'asymétrie des personnages principaux? Esquissée sur un mode inspiré du couple Bourvil/de Funès, celle-ci tourne rapidement à une amitié sans nuages. Il en va de même pour la plupart des sources de tensions, comme l'ombre que fait peser la mère tyrannique sur la vie du postier, et qui est effacée d'un revers de main. Reste le dépaysement langagier, comme un décor pour une action sans enjeu.

Peut-on faire un film comique avec de bons sentiments? Sans ironie, sans méchanceté, sans ridicule? Si l'on compare les Ch'tis avec n'importe quel autre grand succès de la comédie populaire, comme Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), Les Bronzés (Patrice Leconte, 1978) ou Le Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982), on s'aperçoit à quel point ce film est incroyablement bon et gentil.

Et si le secret du succès des Ch'tis résidait précisément dans son côté Bisounours? Avec son scénario d'intégration à l'envers, avec sa petite poste si pittoresque, où les conditions de travail semblent sorties d'un rêve de syndicaliste, l'univers du film est à l'opposé de l'exclusion, de l'indifférence et de la compétition qu'imposent le quotidien sarkozyste.

Plutôt qu'à la lignée de la comédie populaire, les Ch'tis se rattachent à celle des Choristes (Christophe Barratier, 2004), dont le succès inattendu avait déjà montré le goût des Français pour les bons sentiments. Plutôt que l'envie de rire, l'oeuvre de Dany Boon révèle leur envie d'un refuge, d'une parenthèse de solidarité et de chaleur humaine, le temps d'un film.

08:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : cinéma, comique

05/03/2008

L'anti-buzz Cotillard

Etrange non-buzz autour des déclarations complotistes de Marion Cotillard - ou plutôt: étrange décalage entre médias classiques ou en ligne, très excités par l'affaire, et la viralité très basse des vidéos circulant sur Youtube ou Dailymotion: plus de 7.000 vues pour la vidéo la plus regardée sur Youtube, près de 15.000 vues pour la plus regardée sur Dailymotion: des chiffres très faibles étant donné le bruit médiatique (même en tenant compte du retrait de plusieurs versions datées de dimanche), comparativement beaucoup moins importants que ceux des vidéos sur la remise des Oscar, mis en ligne à peu près en même temps.

Rappel chronologique: l'émission de "Paris Dernière" avait été diffusée une première fois le 16 février 2007 sur Paris-Première, à l'occasion de la sortie de La Môme, puis apparemment rediffusée (invérifiable) la semaine dernière sur cette même chaîne. La première reprise web semble celle du site Purepeople.com, cité comme source par Marianne2.fr, le 29 février, puis le site de Marianne ce même jour. Un papier ultérieur du même journal relèvera le nombre important de commentaires laissés par des adeptes de la théorie du complot. Cela dit, on peut vérifier que ce nombre est encore plus important sur la version du site jeanmarcmorandini.com, qui reprend l'information d'après Marianne lui aussi le 29 février (1415 commentaires, contre 763 sur Mariane2.fr, 126 sur le site du Nouvel Obs et 26 sur Le Post, au 04/02 à 23h).

Bref, l'impression d'un effet de reprise médiatique, soutenu notamment par les sites pipole, plutôt qu'un buzz proprement dit. Après montée en sauce par les médias US, puis reprise aujourd'hui par plusieurs JT français, l'actrice a exprimé ses excuses. Une piteuse affaire qui témoigne, après plusieurs autres (SMS, vidéo "Pauvre con", etc.) du sensationnalisme de caniveau des sites de médias ou de journalistes en vue (Le Nouvel Obs, Le Parisien, Marianne, Jean-Marc Morandini). On s'attend évidemment à ce que cet anti-buzz soit généreusement attribué à internet et aux blogs par les habituels censeurs des nouvelles technologies, alors qu'il s'agit à l'évidence d'une dérive du journalisme classique, dont les méthodes et les gardes-fous sont visiblement soumis à rude épreuve par l'économie et la vitesse de leurs vitrines en ligne.

 
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