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05/03/2008

L'anti-buzz Cotillard

Etrange non-buzz autour des déclarations complotistes de Marion Cotillard - ou plutôt: étrange décalage entre médias classiques ou en ligne, très excités par l'affaire, et la viralité très basse des vidéos circulant sur Youtube ou Dailymotion: plus de 7.000 vues pour la vidéo la plus regardée sur Youtube, près de 15.000 vues pour la plus regardée sur Dailymotion: des chiffres très faibles étant donné le bruit médiatique (même en tenant compte du retrait de plusieurs versions datées de dimanche), comparativement beaucoup moins importants que ceux des vidéos sur la remise des Oscar, mis en ligne à peu près en même temps.

Rappel chronologique: l'émission de "Paris Dernière" avait été diffusée une première fois le 16 février 2007 sur Paris-Première, à l'occasion de la sortie de La Môme, puis apparemment rediffusée (invérifiable) la semaine dernière sur cette même chaîne. La première reprise web semble celle du site Purepeople.com, cité comme source par Marianne2.fr, le 29 février, puis le site de Marianne ce même jour. Un papier ultérieur du même journal relèvera le nombre important de commentaires laissés par des adeptes de la théorie du complot. Cela dit, on peut vérifier que ce nombre est encore plus important sur la version du site jeanmarcmorandini.com, qui reprend l'information d'après Marianne lui aussi le 29 février (1415 commentaires, contre 763 sur Mariane2.fr, 126 sur le site du Nouvel Obs et 26 sur Le Post, au 04/02 à 23h).

Bref, l'impression d'un effet de reprise médiatique, soutenu notamment par les sites pipole, plutôt qu'un buzz proprement dit. Après montée en sauce par les médias US, puis reprise aujourd'hui par plusieurs JT français, l'actrice a exprimé ses excuses. Une piteuse affaire qui témoigne, après plusieurs autres (SMS, vidéo "Pauvre con", etc.) du sensationnalisme de caniveau des sites de médias ou de journalistes en vue (Le Nouvel Obs, Le Parisien, Marianne, Jean-Marc Morandini). On s'attend évidemment à ce que cet anti-buzz soit généreusement attribué à internet et aux blogs par les habituels censeurs des nouvelles technologies, alors qu'il s'agit à l'évidence d'une dérive du journalisme classique, dont les méthodes et les gardes-fous sont visiblement soumis à rude épreuve par l'économie et la vitesse de leurs vitrines en ligne.

04/03/2008

Arrêt sur images tacle Kewego

Après la contrepublicité de la vidéo "Pauvre con", dont la diffusion hoquetante pendant plus de 24 heures a freiné le buzz, c'est maintenant Daniel Schneidermann qui se plaint de son hébergeur de vidéos. Embouteillé par l'afflux de copies d'extraits de la "Nouvelle Star", dont la nouvelle édition fait de beaux débuts sur M6, Kewego s'est montré incapable de traiter normalement les enregistrements du dernier plateau d'Arrêt sur images (avec Sylvie Lindeperg), qui ont dû être hébergés sur Dailymotion.

Perso, je mets les miennes sur Youtube, comme l'université de Berkeley.

09:35 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : hébergement, kewego, youtube

03/03/2008

L'arroseur youtubé

Après Ségolène Royal, Alain Duhamel ou Nicolas Sarkozy: ma pomme... Après avoir disserté sur "l'effet Dailymotion" et la viralité en ligne, me voilà contaminé à mon tour par l'enregistrement sauvage et propulsé contre mon gré sur Youtube (signalé par Fati.m.a).

Par bonheur, il s'agit d'un extrait tout ce qu'il y a de présentable de mon intervention “L’image partagée. Usages sociaux de la photographie sur internet” (dans le cadre du colloque “Enjeux de la photographie à l’heure d’internet”, Maison européenne de la photographie, le 7 décembre 2007).

Présentable... quant au contenu. Quant à la forme, c'est une autre affaire. Enregistrée au camphone, la séquence est de si mauvaise qualité qu'il est utile de confirmer que je me reconnais bel et bien – image et son étant à la limite du perceptible. Mais voilà précisément la caractéristique de la diffusion virale: il s'agit d'un contenu sur lequel je n'ai aucune prise, ni ne sais par qui ni pourquoi il est diffusé (quoique je me demande si je n'ai pas une petite idée...).

La première impression est incontestablement une impression d'étrangeté, avec notamment cette absence de légendage et ce flou visuel qui m'ont obligé à vérifier dans mes archives pour être certain de l'occasion.

Puis une espèce de soulagement après visionnage, ayant constaté que l'extrait ne contient pas de bourde ou de lapsus, suivi d'un certain contentement de se voir ainsi épinglé, sur ce qui est justement mon sujet de prédilection du moment.

Enfin, le professionnalisme reprend le dessus, et me fait observer que cette séquence se trouve liée par ses tags à la série issue de "Everyday". Autrement dit, cet enregistrement impromptu de mon commentaire sur la viralité à partir de l'oeuvre de Noah Kalina se trouve désormais inclus dans la traîne virale générée par cette vidéo. Une conséquence qui n'est pas sans rappeler le terrifiant destin du héros de L'Invention de Morel (Adolfo Bioy Casares, 1940) et qui, après tout, n'est que justice...

13:20 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : viralité, youtube

02/03/2008

Informer est un métier

663eadd459b504cc333352b57d80c342.jpg“La photo marquera peut-être le quinquennat de Nicolas Sarkozy”, écrit le Figaro.fr dans son édition d'hier à propos de cette image de Rémy de la Mauvinière (AFP), exécutée au domicile de Nelson Mandela, qui a reçu la visite de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni. Voilà en effet une bien belle image. Veux-tu jouer avec nous à la décrypter?

- Identifie le personnage assis, au milieu de l'image. Pourquoi est-il connu? Que représente-t-il pour toi?

- Qu'est-ce qui relie les trois personnages de la photo? Quel valeur évoque à ton avis ce geste? Ne faudrait-il pas que tous les gars du monde fassent de même?

- Reconnais-tu le personnage de gauche? Te souviens-tu de ses ennuis en début de semaine? Penses-tu qu'il puisse y avoir un lien entre ce qu'on lui a reproché et cette photo?

- Comment est habillée la jeune femme? Peut-on l'imaginer participant à un défilé de haute couture? Pourquoi?

- Dans quelle pièce de la maison nous trouvons-nous? Qui a donné à la jeune femme le livre qu'elle tient à la main? Explique pourquoi ces détails te font penser à Apostrophes de Bernard Pivot plutôt qu'au yacht de Bolloré.

- Le photographe était-il là par hasard? Pourquoi peut-on penser que les trois personnages sont au courant de sa présence? A ton avis, cette rencontre aurait-elle eu le même intérêt en l'absence d'image?

- Estimes-tu qu'un tel reportage renforce ta confiance en l'indépendance de la presse? Quel terme te semble le plus approprié pour le qualifier? Que penses-tu du photographe qui l'a réalisé?

01/03/2008

Au musée, ou comment voir le voir

Invité avant-hier au British Museum à participer à une rencontre universitaire, j'en ai profité pour faire un tour au musée. Pas pour voir l'exposition "The First Emperor" et son armée de terre cuite. Je suis un très mauvais touriste, qui rate toujours les must see. Ce que je préfère en voyage, c'est observer les gens. Or, le British a la particularité de proposer plusieurs galeries permanentes accessibles gratuitement – et d'autoriser la photographie. Il s'agit donc d'un lieu des plus appropriés pour me livrer à l'un des mes passe-temps favoris: regarder comment les gens photographient.

Voir le voir, comme disait John Berger. Déambuler, l'air de rien, touriste parmi les touristes, muni du droit de promener l'objectif en tous sens, en déviant un peu du tableau, de la statue. Eveillant parfois le soupçon. M'a-t-il photographié? Ah non, il prend une photo du buste de Ramsès, j'ai du rêver.

S'approcher de la Rosetta Stone (la pierre de Rosette, la Mona Lisa du British). Sentir monter l'excitation, manifestée par l'attroupement, d'où sortent des mains munis d'appareils et des éclairs de lumière. Se laisser porter par le flot, prendre aussi des photos – non pas de la pièce maîtresse, mais du chemin qui y mène, où l'on progresse de photographe en photographe, jusqu'à se trouver enfin devant la pierre. Ou bien se mettre de l'autre côté de la vitrine, regarder comment les visiteurs la découvrent, puis saisissent l'appareil, comme pour aider leur regard (voir plus d'images sur Flickr).

L'idée reçue concernant la photographie touristique, c'est celle de la caméra-écran. Un spectateur qui ne voit rien, abrité derrière son viseur, et transforme toute station en icône inutile – répétition ad libitum d'une image qui existe déjà à des millions d'exemplaires. Mais quand on regarde vraiment ce que font les gens, ce n'est pas l'impression qu'ils donnent. L'acte photographique, rapide, n'en est pas moins réfléchi.

Devant la pierre de Rosette, il faut entre une et deux secondes à un visiteur pour élever l'appareil à hauteur d'oeil. Cela pour au moins trois raisons. La première, c'est que le regard marche vite et bien. Un spectateur n'a besoin que d'environ une seconde pour passer de la surprise à la reconnaissance puis au contentement. L'instant d'après est celui de l'acte photographique, qui intervient de façon parfaitement synchronisée, comme un prolongement et une confirmation du regard. Oui, ce que je vois est suffisamment important pour mobiliser l'opération photographique; oui, je veux conserver le souvenir et prolonger le plaisir de ce petit moment de regard.

Il y a deux autres raisons simples et pratiques qui expliquent la promptitude du recours à la photo. La visite d'un musée est un exercice contraignant, il y a un parcours à suivre, impossible de passer dix minutes à apprécier une oeuvre, on n'aurait plus le temps de finir la visite – et il y a tant à voir. Il suffit de refaire le même parcours sans appareil pour se rendre compte que, démuni de cette béquille, on consacre un temps plus long à l'observation. La photographie est une façon de répondre à la profusion muséale, elle donne l'impression de pourvoir l'affronter, la contrôler avec plus de sérénité.

Enfin, le plaisir de la contemplation de l'oeuvre ne fait pas perdre pour autant le sens de la civilité. Nous savons que d'autres attendent derrière nous, le temps est compté, il faut laisser la place – clic!

Les visiteurs ne photographient que ce qu'ils aiment. Ils passent devant les pièces, parfois insensibles, souvent attentifs, mais on voit bien que la réaction photographique correspond au point culminant de leur intérêt. Qui peut être plus ou moins fréquent selon les individus. Mais on ne photographie jamais un objet indifférent. Au fond, l'impression générale que suscite la photographie au musée est celle d'une pratique particulièrement bien adaptée à l'exercice proposé. Une pratique rassurante, qui permet de gérer et de s'approprier le musée. Une pratique de confirmation et d'entretien du plaisir scopique éphémère qu'il offre

27/02/2008

Une photo de l'EHESS à la une

eb4cc30ba52647d4d85e22a34ee78725.jpgCoïncidences de l'actu, 20 Minutes.fr me met à la une à toutes les sauces: dans une interview, par Alice Antheaume, sur les réactions à la petite phrase de Sarkozy, mais aussi en illustration d'un article, par  Alexandre Sulzer, réfutant le spectre des années de plomb. Puisque l'occasion se présente, détaillons le parcours d'une image dans un processus d'illustration, vu de l'intérieur.

Le 16 février dernier, pour illustrer un billet évoquant le débat sur les errements du système démocratique, je reprends une photographie de l'EHESS que j'avais effectuée en 2006, après l'occupation du 105, bd Raspail, avec le tag "Mort à a démocratie", qui avait fait couler beaucoup d'encre. En lisant mon blog, Johan Hufnagel, de 20 Minutes, aperçoit cette image et me demande l'autorisation de l'utiliser en illustration de l'article d'Alexandre Sulzner en préparation. Autorisation que je lui confirme d'autant plus volontiers que cette image, comme l'ensemble du reportage effectué au moment de l'évacuation des locaux, sont disponibles depuis l'origine sur Flickr sous licence Creative Commons, qui permet une libre utilisation de la source, à condition de citer l'auteur.

Je constate aujourd'hui que le choix s'est finalement porté sur une autre image, porteuse du tag "La salarié se tue à la tâche/Le patron se tue à la hache" (la légende "Saccage de la Maison des sciences de l'Homme à Paris en 2006" est de la rédaction de 20 Minutes). Et voilà comment un état des lieux de l'occupation de l'EHESS se trouve illustrer deux ans plus tard un article critiquant l'affirmation de la ministre de l'Intérieur sur un "retour du terrorisme d'extrême gauche".

25/02/2008

Enfin les digital natives!

77fdaab76ff2608d4d100edc98370afe.jpgOui, c'est dur de l'avouer: ça fait déjà vingt ans que j'enseigne à l'université. Eh bien vous me croirez ou pas, mais c'est la première fois qu'après avoir prononcé une conférence, jeudi dernier à Bordeaux, à l'invitation de l'association "Vocation sociologie", je retrouve quelques jours plus tard le compte rendu complet de mon intervention, vidéos comprises, sur le blog de Mlle Tortue, ci-devant étudiante en master. Et moi qui n'ai même pas encore fini la version que je veux mettre en ligne... Des étudiants comme ça, ça fait vingt ans que je les attends! Qui osera dire qu'on ne vit pas une époque formidable?

Le Parisien découvre la viralité

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Fier de l'occasion de mettre en avant sa nouvelle plate-forme de diffusion de vidéos, le site du Parisien.fr avait mis en ligne samedi soir l'enregistrement de l'arrivée de Nicolas Sarkozy au salon de l'Agriculture avec son désormais célèbre "Casse toi, pauvre con!", dûment muni d'un bandeau "Le Parisien".

Mais le succès rencontré par cette vidéo, rapidement signalée par divers sites de presse (Le Monde, le JDD, 20 Minutes, etc.), a visiblement pris au dépourvu une rédaction peu habituée au buzz. Devant les difficultés de Kewego - la plate-forme choisie par le quotidien - pour faire face à l'afflux de demandes simultanées, occasionnant une diffusion hachée de la séquence, plusieurs dizaines d'internautes entreprenaient, dès samedi soir, d'en télécharger des copies sur Dailymotion puis sur Youtube.

Interloquée par l'existence de ces reproductions, alors qu'elle croyait disposer d'une interface qui l'interdisait ("Nos vidéos ne sont pas censées êtres blogables, grâce à un lecteur vidéo spécifique à notre site", selon Armelle Thoraval), la rédaction du Parisien demandait à Dailymotion le retrait des premières copies (ainsi qu'à Youtube, sans succès, pour cause de week-end). En vertu des règles de la propriété intellectuelle, la plate-forme française n'avait pas d'autre choix que de s'exécuter. Résultat: dès dimanche matin, des dizaines de nouvelles copies affluaient sur Dailymotion et Youtube, certaines issues de nouvelles reproductions à partir de l'original, sans le bandeau du quotidien. Le dimanche soir, la séquence était également recopiée à partir des extraits de JT de TF1 ou France 2. Les retraits de Dailymotion lui ont entretemps porté tort: agacés par les  coupures d'accès, la plupart des sites de presse, d'habitude fidèles à la plate-forme française, ont alors renvoyé à la version sur Youtube.

Le Parisien a perdu la bataille de la viralité: en voulant préserver son copyright, il a poussé les internautes à recourir à d'autres sources. La version désormais multicopiée sur Dailymotion ne porte plus le bandeau du quotidien. Dernier épisode du feuilleton: peu de temps après avoir passé le cap du million de consultations, ce matin à 9h50, la version orginale de la vidéo sur Kewego vient d'être retirée de la plate-forme (alors qu'elle est toujours accessible sur le site du Parisien). Une bonne occasion de publicité perdue - et la démonstration visible par tous que la rédaction a encore tout à apprendre du phénomène du buzz.

A sa décharge, la montée en consultation de la vidéo est la plus forte jamais observée pour une vidéo à caractère politique (plus importante que celle de la vidéo "Sarkozy G8", qui a battu depuis tous les records). Les caractéristiques virales de cette séquence sont inhabituelles, en raison de la multiplication très rapide des copies, mais aussi de l'apparition de remix musicaux - phénomène nouveau dans ce contexte - qui témoigne d'un passage d'un buzz passif à une viralité active. Le nombre et la dispersion des copies rendra plus difficile la mesure et le suivi d'une fréquentation qui s'annonce sans précédent.

 
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