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17/03/2008

Des mots qui dansent

Il faut s'y faire, sur le Flipbook, on aime Daft Punk. Et surtout "Harder, Better, Faster, Stronger" (2001), dont la postérité en ligne offre déjà la matière d'un sujet de thèse. Transmise par l'amie Gaëlle, voici une autre variation sur le hit du groupe français. Réponse au célèbre Daft Hands (posté le 06/06/2007, 16,382 milions de vues sur Youtube), dont elle reprend le principe, cette chorégraphie est remarquable par sa drôlerie et par la passionnante traduction visuelle qu'elle propose du mécanisme du remix (postée le 23/10/2007, 2,655 millions de vues sur Youtube).

15/03/2008

L'un regarde, l'autre pas

e86da0aefde591f7221e43c3be8fe483.jpgJe note à tout hasard et sans enthousiasme les retombées vidéo produites par la visite officielle de Shimon Peres à Paris le 10 mars dernier. La première, signalée par Guy Birenbaum, montre Simone Veil passant devant Carla Bruni-Sarkozy sans la saluer. Devant le début de polémique, l'ancienne ministre sera contrainte de s'expliquer dans VSD: “Carla Bruni était en retrait. Je ne l'ai tout simplement pas vue”. Commentaire perfide sur Le Post: “Simone Veil l'a sans doute prise pour une hôtesse d'accueil ou une hôtesse tout court...”

La deuxième, aperçue hier sur le site de 20minutes.fr, est issue du même contexte, et montre Sarkozy ne pouvant s'empêcher de reluquer le décolleté avantageux du top model israélien Bar Rafaeli. Classe.

Dans les deux cas, la viralité semble moyenne. Je ne suis pas certain de l'interprétation de ces scories d'importance secondaire. Faut-il déplorer la surveillance que subit le couple présidentiel? Mais l'exercice relève bien d'une occasion publique officielle, censée produire des images. Dans les deux cas, il ne s'agit nullement d'images volées, mais bien de rushes d'équipes professionnelles. Leur diffusion appartient au registre de la blague plutôt qu'à l'attaque politique. Le succès de ces chutes relèverait donc du mécanisme classique du lapsus visuel. D'un autre côté, on ne peut pas ne pas remarquer l'effet que j'ai appelé "petit Poucet": la difficulté pour le couple Sarkozy de ne pas laisser derrière lui ces traces destinées à garnir les bêtisiers du futur (à comparer avec la maîtrise stylistique d'un Obama). A un moment où on nous annonce un changement radical dans le style présidentiel, nous pouvons constater que la métamorphose ne va pas être facile.

08:00 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : sarkozy, video

13/03/2008

Comment marche un blog embedded

62b992575ccc95b128aed97c19063da2.jpgPetit tour par les cuisines. Trois semaines après la création du Flipbook, il est possible de se faire une idée un peu plus précise du fonctionnement d'un blog "embedded". A la différence d'ARHV, le Flipbook est en effet hebergé sur la plate-forme de 20minutes.fr. Cet hébergement est gratuit, il ne suppose aucun engagement ni aucune contrepartie. Toutefois, sans qu'existe de lien formel entre le blogueur et la rédaction, celle-ci m'encourage à lui signaler les billets que je juge intéressants. Sur 17 posts, 5 ont fait l'objet de "remontées", soit sur la Une du site ("Cachez ce sein", "Le Parisien découvre la viralité", "L'anti-buzz Cotillard", "La Première Dame rattrapée par ses photos"), soit sur la Une des lecteurs ("La Nouvelle Star"). La différence de fréquentation entre les deux catégories est sans appel. Alors qu'un billet non signalé n'atteint que quelques centaines de vues, les autres voient leur nombre de lecteurs multiplié par dix. Le record est évidemment battu par les photos de Carla Bruni, qui ont attiré plus de 10.000 visiteurs en une journée (voir graphique ci-dessus, journée du 10/03, qui culmine à 13.440 vues) - un score comparable à celui obtenu sur ARHV après un signalement sur le site du Monde.fr.

Ces observations confirment les leçons qui s'étaient imposées pendant l'étude de la campagne présidentielle, qui décrivaient les sites de grands médias comme les véritables catalyseurs du buzz, et les blogs comme de nouvelles sources procurant à la machine médiatique "un combustible toujours renouvelé". Un schéma bien différent de l'opposition des méchants médias et des gentils blogs, couramment promu par la blogosphère, mais aussi de l'antagonisme du méchant buzz et des gentils médias, volontiers véhiculé par les journalistes.

09:20 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : blog, journalisme

11/03/2008

Ségolène invente le soutien à la chaîne

Message de soutien

Bravo à Vincent Glad pour avoir repéré le stakhanovisme apporté par Ségolène Royal à l'exercice du message de soutien aux candidats socialistes: pas moins de 14 vidéos enregistrées sur Dailymotion cet après-midi. Taper "message de soutien" sur son moteur de recherche et classer les résultats par "la plus récente" permet d'obtenir une frise du plus bel effet. La personnalisation du message souffre elle aussi de cette exécution en série, qui fait plus penser à une célèbre chaîne de fast-food qu'à un discours de réception sous la Coupole.

Cet effet de répétition n'aurait pas dû être aperçu. Chacune des vidéos est pensée pour être diffusée par l'intermédiaire du site d'un candidat et d'un seul. Mais c'est la caractéristique du web 2.0 que de permettre l'entrée par d'autres portes. Au lieu de se limiter au menu, chacun peut à loisir visiter les cuisines et découvrir les secrets du chef.

Non qu'il faille imaginer que l'exercice soit moins stéréotypé lorsqu'il est réalisé par d'autres moyens. Mais la mise à nu du processus par le biais des outils publics de la plate-forme est évidemment cocasse. Nul doute que les militants apprendront à camoufler ces effets disgracieux (il suffirait par exemple de diversifier les tags). Dans l'intervalle, savourons ce qui est moins un faux pas qu'un provisoire défaut de jeunesse.

22:05 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : royal, dailymotion

Un compact sous un reflex

fb1f82c464d6eb94b4ef6a8788af915e.jpgL'équation est connue. En numérique, les reflex font de bonnes photos, mais sont encombrants et indiscrets. Les compacts sont légers et pratiques, mais donnent des résultats qui laissent à désirer. Plusieurs constructeurs on tenté de réduire cet écart en proposant des compacts "experts" aux qualités améliorées, comme le Ricoh GRD, le Canon G9 ou le Sigma DP1. Avec le E-420, Olympus prend le problème par l'autre bord. L'intérêt qu'a suscité l'annonce de la commercialisation en mai prochain de ce nouveau reflex ne vient pas, comme c'est rituellement le cas, d'une multiplication des mégapixels ou d'un accroissement de la sensibilité, mais de sa petite taille et d'un mode Live View réellement utilisable en prise de vue.

Désireux de ravir à Pentax la troisième place des constructeurs de reflex, Olympus fait preuve d'une forme d'innovation non conventionnelle. Outre son poids plume (380 gr), le modèle est accompagné par un nouveau 25 mm (équivalent 50 mm): le premier objectif à focale fixe créé pour un reflex numérique, dont la compacité contribue à faire de l'outil un appareil qui se glisse dans la poche. Sous réserve d'essai, et sans oublier que la marque pâtit du choix de l'affreux format 4/3 (format télé), cette option en fait incontestablement une des propositions les plus intéressantes du moment. Il y a fort à parier que cette nouvelle direction inspirera la concurrence, auquel cas le E-420 aura ouvert la voie à une nouvelle catégorie de caméras: les reflex compacts.

 Voir le descriptif complet sur Digital Photography Review.

09/03/2008

Après Miss France, la Première Dame rattrapée par ses photos

f402a9e622f8409e003caf4295cda2c8.jpgEpinglé par LCI et De Source Sure, un intéressant problème diplomatique: l'édition anglaise du magazine GQ du mois d'avril publie des photographies sexy datant de l'an dernier de celle qui est entre temps devenue "première dame de France".

Pour les anti-contextualistes, il s'agit d'un non-événement: Carla Bruni, ex top-model, avait bien le droit de faire des photos pour magazine de charme, sa plastique est d'ailleurs irréprochable, où est le problème, respectons la vie privée de M. et Mme Sarkozy, circulez, y'a rien à voir.

Pour les autres, il est clair que le masculin profite de l'occasion de la première visite officielle du couple présidentiel au Royaume-uni, du 26 au 28 mars, pour jouer d'un effet de contexte. Le titre de l'article: "Sarko's chargé d'affaire" ne laisse aucun doute à ce sujet. Montrer ces photos aujourd'hui modifie leur lecture. Tout comme les images de Valérie Bègue en petite tenue réapparues après son élection au titre de Miss France, les photos de Carla nue ne nous montrent plus seulement les apparences avantageuses d'un mannequin connu, mais celles de l'épouse de Nicolas Sarkozy.

Impossible d'enlever de l'image publiée aujourd'hui l'impression qu'elle produit de se glisser dans le lit du chef de l'Etat. Tel est bien l'effet recherché par le magazine, qui surfe sur la réception très négative, dans la presse anglaise, de la visite du président français, accusé de "supreme discourtesy" pour avoir décidé de réduire la durée de son séjour à Buckingham Palace.

Il y a mille façons de jouer d'une image. Pour ceux qui voudraient croire qu'une photographie n'est qu'un outil objectif de traduction du réel, l'exemple de cet usage retors vient au contraire confirmer la subtilité des effets de lecture produits par les jeux de contexte.

Face à cet affront délibéré, comment va réagir l'Elysée? Les services de la présidence ont jusqu'à présent feint d'ignorer les diverses scories laissées par la vie antérieure de l'artiste. Mais une telle publication, liée à un événement protocolaire, crée un précédent fâcheux. Sera-t-il possible de maintenir longtemps la fiction de l'indifférence face au succès public de la plastique de la Première Dame?

Illustration: photographies de Inez Van Lamsweerde et Vinoodh Matadin (2007), GQ, n° 226, avril 2008. 

07/03/2008

D'un obscur recoin du net...

Reçu hier une demande d'interview pour un projet de documentaire consacré au "phénomène des buzz négatifs". Je cite: «Du "CV vidéo de Mathieu Vaidis" au "Casse toi pauvre con" de Nicolas Sarkozy, nous expliquons par quels mécanismes et avec quelles conséquences éventuelles, propos et images de tout un chacun peuvent se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias traditionnels.»

Ma réponse: «Merci de votre invitation. Puis-je toutefois vous faire remarquer que la vidéo "Casse toi..." a été tournée par une équipe professionnelle, puis diffusée sur le site du Parisien.fr, qui a fait retirer ses copies non autorisées de Dailymotion et Youtube, de façon à conserver le contrôle de son copyright. Il s'agit donc d'un exemple qui illustre l'inverse de ce que vous souhaitez démontrer ("se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias traditionnels."). Peu désireux de participer à une manipulation médiatique de plus sur internet, je suis au regret d'avoir à décliner votre invitation.»

«Se répandre d'un obscur recoin du net aux unes des médias» est une formule poétique et puissante. Ce qu'elle désigne n'est rien d'autre que cette nouvelle potentialité offerte aux usagers d'internet, qu'on dénomme habituellement viralité. La qualifier par l'expression "buzz négatif" montre à quel point les médias traditionnels résistent à l'idée de se voir dépouillés de leur pouvoir de diffusion, et de leur rôle dans l'appréciation de ce qui compte ou pas. A leurs yeux, on le comprend, tout buzz est forcément négatif, puisqu'il ne provient pas d'une instance institutionnelle légitime. Les producteurs de cette émission ne s'en rendent probablement pas compte, mais ce que promeut insidieusement leur formulation ("recoin obscur", "buzz négatif"), c'est ni plus ni moins le retour à la bonne vieille censure.

10:05 Publié dans télé | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : viralité, journalisme

06/03/2008

La Nouvelle Star, le succès du non-consensuel

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Pris connaissance hier soir de la nouvelle édition de la "Nouvelle Star" sur M6 (pas là les semaines précédentes). C'est sans conteste le meilleur programme de divertissement télévisé du moment - et peut-être tout simplement ce que la télé peut produire de meilleur, en ces temps de reconfiguration de la tectonique médiatique.

Le programme a pris de la bouteille. On sent que le virage de la dernière saison a été pleinement intégré. Quand un candidat se risque à un medley de comédies musicales récentes, il se fait fusiller par le jury, Manoukian explose: «Comment tu oses nous faire ça?» Cette année, c'est clair, on est aussi loin que possible de la Star'Ac, et tout près des "Enfants du rock".

Ca commence par le jury, l'ingrédient principal. Qui se souvient de l'équipe de branquignols de la première saison, sortis d'on ne sait où (André Manoukian, Dove Attia, Varda Kakon, Lionel Florence)? Cette année, il y a Lio, dans le rôle de Marianne James (indépendance, larmes, empathie), Sinclair dans le rôle de Manu Kaché (intégrité musicale), plus la trouvaille Philippe Manoeuvre. Il faut bien l'avouer, tout ça a plutôt de la gueule.

Ca continue avec les candidats qui, cette année, ont tous une guitare greffée au bras et chantent comme Janis Joplin. Sauf les égarés de la Star'Ac, ceux qui se sont trompés de casting, et qui servent ici de chair à canon (culte: «Vous chantez comme au XXe siècle», Manoeuvre). On ne va pas bouder son plaisir.

Les castings, c'est le meilleur moment de l'émission. Trente seconde d'exposition pure, de théâtre réel. Plus le backstage, plus les reportages. Un potage bien touillé, sans temps morts, qui a pour fonction de faire apparaître des personnages. C'est de plus en plus sur ce critère (et de moins en moins sur celui du chant) que repose l'émission. Alors que la Star'Ac joue à fond la carte de l'école et d'une méritocratie paradoxale, la Nouvelle Star installe une économie de la rencontre et de la manifestation. Quelqu'un apparaît, à égalité avec un jury copain - et ça fonctionne même pour ceux qui ratent leur casting. Il ne reste plus qu'à changer le titre.

Un divertissement populaire, vivant et réussi. Qui se transforme en sujet de conversation par vidéos en ligne interposées. En se souvenant du succès du premier "Loft", dont l'imitation sur TF1 avait elle aussi piteusement échoué, il faut bien convenir que M6 dispose désormais d'une vraie expertise en matière de télé-réalité. Le secret semble reposer dans le renoncement volontaire au consensus. Une leçon inapplicable pour la première chaîne.

 
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