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12/04/2008

Arret sur images préfère Dailymotion

Mauvaise pub pour Kewego. Arrêt sur images annonce aujourd'hui la migration de tous ses contenus vidéos sur Dailymotion.“Nous avons fait ce choix d'abord pour des raisons techniques. Vous étiez si nombreux, depuis plusieurs semaines, à vous plaindre de l'inconfort de visionnage de nos émissions, que nous avons estimé qu'il nous fallait un outil neuf, performant, et en constante évolution. L'outil de lecture pour l'instant le plus prometteur, sur la place de Paris, est celui de Dailymotion. Va donc pour Dailymotion”, explique Daniel Schneidermann.

On se souvient que le journaliste se plaignait il y a peu de son précédent hébergeur, incapable de traiter ses enregistrements en temps et en heure. Pour ma part, affligé pour des raisons géographiques d'une ligne 512 ko, je n'ai jamais pu profiter à plein de mon abonnement à @si, car le visionnage d'une vidéo s'interrompait toutes les 5 à 10 secondes. L'arrivée sur Daily est une bonne nouvelle. Cette migration “donnera également davantage de visibilité” aux émissions d'@si, dont on peut supposer qu'elles ont souffert de la situation. Resté célèbre pour ses chiffres de fréquentation inexplicables pendant la campagne présidentielle, Kewego va-t-il se relever de cette claque? Il lui faudra à tout le moins redoubler d'efforts pour se mettre au niveau de ses concurrents.

17:00 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : video, kewego, dailymotion

09/04/2008

Flickr annule la frontière entre photo et vidéo

0c10d345f87e7dd4500348552df0cb8d.jpg Flickr continue de révolutionner les usages des images. La plate-forme de partage de photographies a ouvert aujourd'hui sa nouvelle fonctionnalité d'hébergement vidéo aux comptes pro. Avec une contrainte drastique: une limitation de durée à 90 secondes. Définie après de longs débats au sein du groupe des beta-testeurs, cette limite est issue d'une analyse fine des usages actuels des plates-formes. Aujourd'hui, l'iconographie créative est surtout représentée par l'image fixe, alors que l'image animée est principalement utilisée pour faire circuler des copies de contenus télévisés.

Impossible en une minute et demie de reproduire la dernière chanson des Tokio Hotel. En excluant la fonction d'archive, qui représente aujourd'hui l'usage majoritaire sur YouTube, Flickr règle par la même occasion la délicate question des droits d'auteur. Et fait le pari que cette limite encouragera la production d'un corpus vidéo conforme aux habitudes revendiquées de la plate-forme, qui favorisent une iconographie amateur de qualité. Pourtant, dès ce matin, les premiers exemples de téléchargements réels s'écartent des cartes postales modèles opportunément fournies par les beta-testeurs, et montrent le goût du jeu et du détournement des flickeriens.

Il va falloir patienter un peu pour constater la réponse inventée par les usagers face à cette contrainte peu banale. On peut s'attendre à la voir alimenter un nouveau genre de vidéo créative. Elle favorisera aussi les captations brèves au téléphone portable. Mais la vraie nouveauté réside dans le mélange dans un même espace des iconographies fixe et animée. Présentée dans un format de meilleure qualité que ceux utilisés par YouTube ou Dailymotion, la vidéo sur Flickr ne se distingue en rien des photographies, et va pouvoir être soumise aux mêmes usages et intégrée aux mêmes circulations. Cette rencontre étroite de contenus que les canaux traditionnels ont maintenus jusqu'à présent dans des univers séparés est une véritable révolution, qui traduit enfin l'unité technique sous-jacente des outils. Rendez-vous dans quelques semaines pour en observer les effets.

07/04/2008

La fin du papier glacé

665a0385ab6ecd55202e1f81ebbd9750.jpgQuels garnements, ces journalistes! Par devant, ils vous assassinent crânement le journalisme citoyen, coupable de tous les maux, incapable de produire une information de qualité. Par derrière, ils courent résolument après le train de la privatisation de la mise en scène de l'information.

Nouvel exemple la semaine dernière, avec le traitement par Paris-Match de la visite londonienne du couple présidentiel. Depuis Abou Ghraib, l'actualité chaude ("hot news") nous avait habitué à l'image numérique à bruit apparent – qualifiée dans le langage courant de "photo pixellisée". Dans ce cas, c'est le caractère exceptionnel de l'événement qui excuse la mauvaise qualité de l'image, dont on comprend qu'elle n'était pas réalisable dans d'autres conditions.

Ce n'est pas ce contexte que connotent les nombreux défauts techniques de la photo de Une du dernier numéro de Match. L'éclairage ambiant du couloir d'hôtel, la définition médiocre, le bruit apparent, les aberrations: tout contribue à faire passer la prise de vue de Claude Gassian pour une vulgaire photographie amateur. A l'école Louis-Lumière ou aux Gobelins, on doit se mordre les doigts. Plus besoin du long apprentissage de la sensitométrie, de la subtile maîtrise de la lumière ou de l'art de la retouche digitale. Désormais, un compact grand public suffit pour rendre compte d'une visite d'Etat.

Pour ce sommet du protocole, ce choix de l'intimité du couloir d'hôtel, de la photo volée, tranche avec le registre officiel et sa traduction obligée par une photo professionnelle, léchée et impeccablement retouchée. Une qualité d'image qui avait fait la marque de fabrique des magazines des années 1970, évoquée par l'expression "papier glacé", qui associe le brillant de l'impression au glamour des apparences. Un style qui déserte de plus en plus les pages illustrées des journaux, pour se cantonner désormais au seul territoire de la publicité. Pour combien de temps encore?

01/04/2008

La porte de frigo, un ancêtre de Flickr?

17e5e3acb44a39144722dc8a5ed51a49.jpgLa première thèse de doctorat consacrée à la présentation de photographies sur les portes de réfrigérateur a été soutenue brillamment ce matin à l'INHA par Marine Da Costa, devant un jury composé de Sylvain Maresca (université de Nantes, directeur), Bruno Latour (Sciences-Po, président), Michel Poivert (université de Paris 1), Clément Chéroux (Centre Pompidou) et moi-même (EHESS, rapporteur).

Sous le titre "L'exposition amovible. Le réfrigérateur, un support méconnu de l'expressivité photographique en milieu familial", la thèse analyse un échantillon de 60 foyers franciliens, auquel s'ajoute un corpus de 800 photographies relevées sur Flickr. Sur cette base, Marine Da Costa met en avant l'émergence du lieu-réfrigérateur dans l'aire familiale. Articulé sur l'antagonisme structural cuisine/salon, celui-ci représente le pôle iconographique actif, par opposition à la télévision, pôle iconographique passif. La chercheuse montre l'existence d'un transfert, qui s'amorce dès le début des années 1980. Anticipant d'une bonne dizaine d'années sur la perception du déplacement des activités de loisir, le réfrigérateur s'avère constituer un précurseur inattendu des mutations aujourd'hui à l'oeuvre.

La partie la plus intéressante de la thèse se consacre à l'examen du concept d'amovibilité. Contrairement à la représentation classique de l'iconographie familiale, centrée sur le modèle figé de l'album photographique, la candidate souligne la spécificité des jeux visuels permis par le caractère non définitif des montages, mais aussi par leur interaction évolutive avec les autres éléments des compositions frigorifiques (magnets, listes de courses, post-it, etc.). La conclusion proposée par Marine Da Costa, qui voit dans la porte de réfrigérateur un espace avant-coureur de l'expressivité des outils du web 2.0, a fait l'objet d'une discussion animée avec le jury. Cet excellent doctorat, dont il faut saluer la qualité de l'iconographie, a reçu les félicitations à l'unanimité et devrait être publié sous peu par le département des éditions numériques de l'EHESS.

17:45 Publié dans images | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : frigo, thèse, photographie

29/03/2008

La plus vieille photo du monde se ramasse à la pelle

a027f2c28e41a52995a6409156541a42.jpgA défaut de millésime, la plus vielle photo du monde est datable par sa saison: l'automne. Telle pourrait du moins être l'indication la plus précise qu'il soit possible d'associer au document mis en vente le 7 avril prochain par Sotheby's New York. L'institution présente sur son site une impression photogénique de feuille comme datant de la fin du XVIIIe siècle – soit trente à quarante ans plus tôt que la plus ancienne photographie connue à ce jour: le fameux "Point de vue du Gras" réalisé par le français Nicéphore Niépce en 1827.

"Leaf" n'est pas exactement une photographie (c'est-à-dire d'une impression lumineuse obtenue par l'intermédiaire d'une chambre noire) mais un photogramme: une empreinte obtenue en posant un objet sur une surface sensibilisée aux sels d'argent. Achetée en 1984 par Sotheby's à Londres, cette épreuve faisait partie d'un portefeuille de six dessins photogéniques ayant appartenu à Henry Bright of England. D'abord attribuée à Henry Fox Talbot et datée de 1839, "Leaf" a vu sa datation révisée par l'historien Larry Schaaf, spécialiste de Talbot. Après avoir remarqué un minuscule "W" sur un coin de l'image, celui-ci pense désormais qu'elle pourrait avoir été l'oeuvre de William Wedgwood, Humphry Davy ou James Watt. La famille des Bright était en effet en étroite relation avec ces expérimentateurs, dont Wedgwood et Davy comptent parmi les pionniers malheureux de l'invention de la photographie.

Un célèbre compte rendu de 1802 rapporte l'expérience infuctueuse menée par Wedgwood: «Quant aux images de la chambre noire, elles se sont trouvées trop faiblement éclairées pour former un dessin avec le nitrate d’argent, même au bout d’un temps assez prolongé.» (Humphry Davy, Journals of the Royal Institution of Great Britain, juin 1802). L'insuccès d'une tentative effectuée à l'aide d'une camera obscura, loin d'invalider la possibilité d'essais d'empreintes photochimiques, en constitue au contraire un indice plutôt crédible. Toutefois, en l'absence d'autres éléments de preuve, Larry Schaaf lui-même admet la fragilité de son hypothèse, et l'attribution de la maison de ventes maintient prudemment l'anonymat de l'auteur.

Aucun élément technique n'empêche en tout cas que cette image puisse dater de la fin du XVIIIe siècle. Je suis moi-même persuadé que cette petite expérience de chimie curieuse était à la portée de bien des amateurs de l'époque. Reste à lier l'existence d'un document à un faisceau d'arguments suffisamment solides pour le démontrer. En l'état actuel de la documentation, tel n'est pas encore le cas de "Leaf". Mais cette image restera comme la première que les historiens de la photo ont osé dater d'avant les années 1820 – une barrière que personne ne s'était jusqu'à présent hasardé à franchir. A défaut d'une révélation certaine de l'histoire du médium, il s'agit d'un événement pour son historiographie. La chute de ce tabou ouvre sans aucun doute la voie à de nouvelles recherches et, espérons-le, à de futures découvertes.

15:00 Publié dans images | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : photographie, histoire

26/03/2008

Poisson d'avril au portable

4befe022c00c93aaaa70c50c5e2dfeaa.jpgAperçu hier dans 20 Minutes papier le teasing du "Monstre du Loch Seine". La dernière grande campagne de marketing mystère ("Emma je t'aime, reviens") avait débouché sur une révélation plutôt décevante. La fausse histoire d'amour promouvait – qui s'en souvient? – la régie Lagardère publicité... Entre cétacé égaré et sous-marin secret, mis à part la préparation du 1er avril, difficile pour l'instant de deviner ce qu'on essaiera de nous vendre avec l'histoire du poisson géant (dont le site est propriété de la société de télécommunications Touaregs).

Toujours est-il que l'usage de la photo comme outil d'attestation n'a pas évité une erreur grossière. «Juste avant que la "chose" ne replonge, M. Maréchal a eu le temps de la photographier avec son téléphone portable», nous est-il expliqué. Pour plus de réalisme, l'illustration mime les défauts de la photo amateur, en livrant une image floue des quais de Seine. Pas de chance, une telle photo est impossible à réaliser avec un camphone - ou alors il faut vite renvoyer l'engin au service après-vente. Un portable est en effet soit calé sur l'hyperfocale (mise au point à l'infini), soit doté d'un système autofocus qui règle la distance de mise au point sur un objet situé au centre de l'image. Comme la photo des quais ne comprend aucun avant-plan susceptible de perturber cet automatisme, il n'y a aucune raison qui explique le flou de l'image – sauf bien sûr son caractère artificiel. Avec un appareil d'aujourd'hui, plus aucun monstre du Loch Ness ne serait flou. Il est indéniable que l'évocation y perd en poésie. Encore faut-il que les créatifs adaptent leurs codes à ces nouvelles données de la photo amateur.

poissongeant4

20/03/2008

Du son dans l'image

"Amateur" de Lasse Gjertsen est devenue une de mes vidéos préférées (un grand merci à lilious pour son signalement). D'après Wikipédia, c'est devant le désintérêt de ses professeurs pour sa première oeuvre: "Hyperactive" (mai 2006), que le jeune norvégien abandonne le Kent Institute of Art & Design, où il étudiait l'animation. Diffusé sur YouTube, cet exercice de montage sur le principe de la batterie humaine se verra classé à la troisième place des Most Creative videos de la plate-forme en ligne, avec près de 7,5 millions de vues.

Recourant au même principe du sample visuel, "Amateur" sera diffusé à partir de novembre 2006 (près de 8 millions de vues à ce jour). Gjertsen, qui ne pratique aucun instrument de musique, mais a réalisé divers remix à base d'enregistrements échantillonnés, se sert ici du montage vidéo pour créer un morceau associant batterie et piano.

Hybride entre animation et vidéo, le résultat est composé de 40 samples de batterie et 130 de piano. Une performance qui n'est pas sans rappeler les premiers pas du cinéma ou du dessin animé parlant, au moment où se teste l'ajustement de ces ressources disjointes. Les multiples répliques ou parodies qui s'inscrivent dans son sillage sur YouTube sont autant d'hommages à l'inventivité et au talent du jeune vidéaste.

On trouvera une description plus détaillée du processus (en anglais) dans un article du Wall Street Journal du 12/12/2006.

12:45 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : video, youtube, cinéma, amateur, remix

19/03/2008

Les Ch'tis: le triomphe des bons sentiments

3cc94c56e70bc746b582c058fc64c7ef.jpgBienvenue chez les Ch'tis est un film étrange. Un film qui s'amuse à débander les uns après les autres tous les ressorts comiques qu'il a lui-même mis en place. L'antagonisme nord-sud? Dès la scène du restaurant, au deuxième jour après son arrivée, le nouveau venu s'acclimate au fameux parler local, et brise la ressource comique de l'incompréhension. L'asymétrie des personnages principaux? Esquissée sur un mode inspiré du couple Bourvil/de Funès, celle-ci tourne rapidement à une amitié sans nuages. Il en va de même pour la plupart des sources de tensions, comme l'ombre que fait peser la mère tyrannique sur la vie du postier, et qui est effacée d'un revers de main. Reste le dépaysement langagier, comme un décor pour une action sans enjeu.

Peut-on faire un film comique avec de bons sentiments? Sans ironie, sans méchanceté, sans ridicule? Si l'on compare les Ch'tis avec n'importe quel autre grand succès de la comédie populaire, comme Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), Les Bronzés (Patrice Leconte, 1978) ou Le Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982), on s'aperçoit à quel point ce film est incroyablement bon et gentil.

Et si le secret du succès des Ch'tis résidait précisément dans son côté Bisounours? Avec son scénario d'intégration à l'envers, avec sa petite poste si pittoresque, où les conditions de travail semblent sorties d'un rêve de syndicaliste, l'univers du film est à l'opposé de l'exclusion, de l'indifférence et de la compétition qu'imposent le quotidien sarkozyste.

Plutôt qu'à la lignée de la comédie populaire, les Ch'tis se rattachent à celle des Choristes (Christophe Barratier, 2004), dont le succès inattendu avait déjà montré le goût des Français pour les bons sentiments. Plutôt que l'envie de rire, l'oeuvre de Dany Boon révèle leur envie d'un refuge, d'une parenthèse de solidarité et de chaleur humaine, le temps d'un film.

08:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (58) | Tags : cinéma, comique

 
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