02.05.2008
Une Audi pour sauver le monde
Etrange mashup du masque de fer, de Robocop et de l'inspecteur Gadget, Iron Man, de Jon Favreau, est surtout un film hanté par la bagnole. Outre le partenariat publicitaire avec la marque allemande, la conception du robot qui s'y déploie, très différente du techno-samouraï imposé par le dessin animé japonais, porte le sceau de l'industrie automobile. Plus que par les exploits de l'homme de fer, la production est fascinée par les opérations de montage-démontage et les robots-assembleurs, véritables héros du film, qui n'arrêtent pas de visser et dévisser une armure peinte aux couleurs d'un racing-car. Un homme qui a un phare de voiture à la place du coeur ne peut pas être tout à fait méchant, semble nous souffler l'intrigue, qui voit Gwyneth Paltrow fourrager à pleines mains dans l'ersatz métallique.
Laissons de côté un scénario qui peine à dissimuler des tendances très pro-McCain sous un vernis politiquement correct (le vilain marchant d'armes soi-disant réhabilité par l'épreuve ne trahit jamais sa philosophie initiale, dont le seul critère est qu'une arme doit être placée en de bonnes mains). Comme de coutume, c'est par ses marges que le blockbuster nous renseigne sur l'évolution de l'imaginaire de la société américaine. La séquence la plus impressionnante du film intervient dès ses premières minutes, avec l'attaque surprise d'une colonne de Hummer US dans les montagnes afghanes. Où l'on voit les soldats de l'armée américaine, blancs de peur, se faire déchiqueter par les armes dont le héros est le fabricant. D'entrée de jeu, tout est dit, avec la terrible efficacité de la machine hollywoodienne. Malgré les tentatives pour redonner à l'intrigue une allure plus marvellienne, le film restera jusqu'au bout enfermé dans ce paradoxe. Un remords plutôt qu'une morale qui, à l'envers du scénario, répète confusément que ce qui devrait nous sauver nous tue.
Reste une bonne nouvelle, que l'on peut déduire des détails d'assemblage dont le film est prodigue: Audi travaille certainement à un modèle propulsé par une énergie propre et inépuisable, à base de palladium. A la portée de tous les milliardaires qui ont une villa avec vue sur la mer à Malibu.
11:44 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : cinema, hollywood, iron man
19.03.2008
Les Ch'tis: le triomphe des bons sentiments
Bienvenue chez les Ch'tis est un film étrange. Un film qui s'amuse à débander les uns après les autres tous les ressorts comiques qu'il a lui-même mis en place. L'antagonisme nord-sud? Dès la scène du restaurant, au deuxième jour après son arrivée, le nouveau venu s'acclimate au fameux parler local, et brise la ressource comique de l'incompréhension. L'asymétrie des personnages principaux? Esquissée sur un mode inspiré du couple Bourvil/de Funès, celle-ci tourne rapidement à une amitié sans nuages. Il en va de même pour la plupart des sources de tensions, comme l'ombre que fait peser la mère tyrannique sur la vie du postier, et qui est effacée d'un revers de main. Reste le dépaysement langagier, comme un décor pour une action sans enjeu.
Peut-on faire un film comique avec de bons sentiments? Sans ironie, sans méchanceté, sans ridicule? Si l'on compare les Ch'tis avec n'importe quel autre grand succès de la comédie populaire, comme Les Aventures de Rabbi Jacob (Gérard Oury, 1973), Les Bronzés (Patrice Leconte, 1978) ou Le Père Noël est une ordure (Jean-Marie Poiré, 1982), on s'aperçoit à quel point ce film est incroyablement bon et gentil.
Et si le secret du succès des Ch'tis résidait précisément dans son côté Bisounours? Avec son scénario d'intégration à l'envers, avec sa petite poste si pittoresque, où les conditions de travail semblent sorties d'un rêve de syndicaliste, l'univers du film est à l'opposé de l'exclusion, de l'indifférence et de la compétition qu'imposent le quotidien sarkozyste.
08:13 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (58) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, comique










