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02/03/2008

Informer est un métier

663eadd459b504cc333352b57d80c342.jpg“La photo marquera peut-être le quinquennat de Nicolas Sarkozy”, écrit le Figaro.fr dans son édition d'hier à propos de cette image de Rémy de la Mauvinière (AFP), exécutée au domicile de Nelson Mandela, qui a reçu la visite de Nicolas Sarkozy et de Carla Bruni. Voilà en effet une bien belle image. Veux-tu jouer avec nous à la décrypter?

- Identifie le personnage assis, au milieu de l'image. Pourquoi est-il connu? Que représente-t-il pour toi?

- Qu'est-ce qui relie les trois personnages de la photo? Quel valeur évoque à ton avis ce geste? Ne faudrait-il pas que tous les gars du monde fassent de même?

- Reconnais-tu le personnage de gauche? Te souviens-tu de ses ennuis en début de semaine? Penses-tu qu'il puisse y avoir un lien entre ce qu'on lui a reproché et cette photo?

- Comment est habillée la jeune femme? Peut-on l'imaginer participant à un défilé de haute couture? Pourquoi?

- Dans quelle pièce de la maison nous trouvons-nous? Qui a donné à la jeune femme le livre qu'elle tient à la main? Explique pourquoi ces détails te font penser à Apostrophes de Bernard Pivot plutôt qu'au yacht de Bolloré.

- Le photographe était-il là par hasard? Pourquoi peut-on penser que les trois personnages sont au courant de sa présence? A ton avis, cette rencontre aurait-elle eu le même intérêt en l'absence d'image?

- Estimes-tu qu'un tel reportage renforce ta confiance en l'indépendance de la presse? Quel terme te semble le plus approprié pour le qualifier? Que penses-tu du photographe qui l'a réalisé?

01/03/2008

Au musée, ou comment voir le voir

Invité avant-hier au British Museum à participer à une rencontre universitaire, j'en ai profité pour faire un tour au musée. Pas pour voir l'exposition "The First Emperor" et son armée de terre cuite. Je suis un très mauvais touriste, qui rate toujours les must see. Ce que je préfère en voyage, c'est observer les gens. Or, le British a la particularité de proposer plusieurs galeries permanentes accessibles gratuitement – et d'autoriser la photographie. Il s'agit donc d'un lieu des plus appropriés pour me livrer à l'un des mes passe-temps favoris: regarder comment les gens photographient.

Voir le voir, comme disait John Berger. Déambuler, l'air de rien, touriste parmi les touristes, muni du droit de promener l'objectif en tous sens, en déviant un peu du tableau, de la statue. Eveillant parfois le soupçon. M'a-t-il photographié? Ah non, il prend une photo du buste de Ramsès, j'ai du rêver.

S'approcher de la Rosetta Stone (la pierre de Rosette, la Mona Lisa du British). Sentir monter l'excitation, manifestée par l'attroupement, d'où sortent des mains munis d'appareils et des éclairs de lumière. Se laisser porter par le flot, prendre aussi des photos – non pas de la pièce maîtresse, mais du chemin qui y mène, où l'on progresse de photographe en photographe, jusqu'à se trouver enfin devant la pierre. Ou bien se mettre de l'autre côté de la vitrine, regarder comment les visiteurs la découvrent, puis saisissent l'appareil, comme pour aider leur regard (voir plus d'images sur Flickr).

L'idée reçue concernant la photographie touristique, c'est celle de la caméra-écran. Un spectateur qui ne voit rien, abrité derrière son viseur, et transforme toute station en icône inutile – répétition ad libitum d'une image qui existe déjà à des millions d'exemplaires. Mais quand on regarde vraiment ce que font les gens, ce n'est pas l'impression qu'ils donnent. L'acte photographique, rapide, n'en est pas moins réfléchi.

Devant la pierre de Rosette, il faut entre une et deux secondes à un visiteur pour élever l'appareil à hauteur d'oeil. Cela pour au moins trois raisons. La première, c'est que le regard marche vite et bien. Un spectateur n'a besoin que d'environ une seconde pour passer de la surprise à la reconnaissance puis au contentement. L'instant d'après est celui de l'acte photographique, qui intervient de façon parfaitement synchronisée, comme un prolongement et une confirmation du regard. Oui, ce que je vois est suffisamment important pour mobiliser l'opération photographique; oui, je veux conserver le souvenir et prolonger le plaisir de ce petit moment de regard.

Il y a deux autres raisons simples et pratiques qui expliquent la promptitude du recours à la photo. La visite d'un musée est un exercice contraignant, il y a un parcours à suivre, impossible de passer dix minutes à apprécier une oeuvre, on n'aurait plus le temps de finir la visite – et il y a tant à voir. Il suffit de refaire le même parcours sans appareil pour se rendre compte que, démuni de cette béquille, on consacre un temps plus long à l'observation. La photographie est une façon de répondre à la profusion muséale, elle donne l'impression de pourvoir l'affronter, la contrôler avec plus de sérénité.

Enfin, le plaisir de la contemplation de l'oeuvre ne fait pas perdre pour autant le sens de la civilité. Nous savons que d'autres attendent derrière nous, le temps est compté, il faut laisser la place – clic!

Les visiteurs ne photographient que ce qu'ils aiment. Ils passent devant les pièces, parfois insensibles, souvent attentifs, mais on voit bien que la réaction photographique correspond au point culminant de leur intérêt. Qui peut être plus ou moins fréquent selon les individus. Mais on ne photographie jamais un objet indifférent. Au fond, l'impression générale que suscite la photographie au musée est celle d'une pratique particulièrement bien adaptée à l'exercice proposé. Une pratique rassurante, qui permet de gérer et de s'approprier le musée. Une pratique de confirmation et d'entretien du plaisir scopique éphémère qu'il offre

23/02/2008

L'info peut-elle séduire?

5940357782494b8c42e388a7b5939162.jpgDans le ronron du petit écran, il en faut peu pour secouer la routine. Comme l'apparition dans la lucarne du 13h de France 2 du visage de Sophie Le Saint. La journaliste qui officie depuis 1998 sur Télématin a eu droit à un remplacement à l'occasion du week-end.

Mais la surprise ne vient pas de ce chassé-croisé. Elle vient de l'impression qu'il n'est pas si fréquent de voir une aussi charmante jeune femme occuper le siège de présentateur des grands-messes de la télévision publique. Et du lien qu'on ne peut manquer de faire avec les nouvelles habitudes des chaînes tout-info, qui misent volontiers sur les plus jolis minois pour conforter l'audience. Il est difficile de l'exprimer sans manquer de respect aux titulaires habituels du poste sur France 2, mais en voyant Sophie Le Saint, on ne pouvait s'empêcher de se dire: tiens, où suis-je?

Faut-il un visage grave pour introduire aux désordres du monde? Pas forcément. Mais l'alliance de la séduction et de l'information a toujours constitué un compromis difficile à gérer et peut-être à accepter pour les professionnels. Si le journal Le Monde n'a admis qu'en 1995 d'ouvrir ses colonnes à la photographie, c'est pour la raison précise que l'image était réputée plus frivole et aurait porté atteinte à la réputation de sérieux du quotidien de la rue des Italiens.

Un affrontement qui dure depuis le début du XIXe siècle, au moment de la création des premiers journaux illustrés - qui ne pouvaient s'adresser, disait-on, qu'à un public d'analphabètes, tandis que les décideurs savouraient les austères colonnes de texte en petits caractères de la presse digne de ce nom.

Reverra-t-on Sophie Le Saint à 13h ou à 20h? On le lui souhaite, et les audiences du week-end fourniront des indications qui seront probablement regardées à la loupe dans les étages directoriaux. Mais il est à craindre que ce choix, s'il est fait, ne le soit pour de mauvaises raisons. Est-ce pour ses compétences que la journaliste sera retenue, ou comme un moyen de freiner la chute constatée, partout dans le monde, de la consommation de l'information sur les chaines généralistes?

22/02/2008

Cachez ce sein

f94c04dfd3a0fa776dbf80b68cc365cd.jpgUn concours de miss est une compétition qui désigne la plus jolie fille parmi un quarteron de candidates, toutes plus aimables les unes que les autres. Qu'on a pu admirer sous toutes les coutures, histoire de se faire une idée. De quoi garantir un pic d'audience à TF1, qui accueille le show depuis 1995.

C'est pourquoi, à l'annonce de la publication d'une nouvelle série de photos "coquines" de Valérie Bègue, reproduites illico sur le blog jeanmarcmorandini.com, certains se sont demandés si l'hypocrisie de Geneviève de Fontenay ne dépassait pas les bornes. Même un ado gorgé d'hormones aura du mal à trouver érotiques ces images, laborieusement copiées par le magazine Choc à partir d'une vidéo volée - maigre butin où la seule chose vraiment obscène sont les gros titres.

Qu'importe! Abritée derrière son règlement, la cheftaine au chapeau pie gronde, rugit et tonne. Pas de ça chez moi! Elle n'a plus qu'à démissionner. Comment voulez-vous que je l'emmène maintenant dans les concours de province?

C'est là qu'on se dit que la présidente du comité Miss France a encore toute sa tête. Et qu'à force d'en labourer les sillons, elle connaît probablement le terreau hexagonal mieux que Nicolas Sarkozy lui-même. Un président de la République qui a élu première dame de France un top-model qu'on peut apercevoir un peu partout dans des postures et des tenues qui font passer Valérie Bègue pour une communiante. Un président qui a cru pouvoir briser un tabou et voit s'accumuler sondages et témoignages illustrant la crispation de la France profonde.

Geneviève connaît sa clientèle. De la viande fraîche, oui, mais camouflée derrière ce qu'il faut d'hypocrisie, de fanfreluches et de strass. Des sensations, mais protégées par la cautèle bourgeoise. Un principe qui décrit assez bien le concours des Miss – et que Molière moquait déjà dans la célèbre scène du Tartuffe (III, 2). Montrez-moi ce sein, mais surtout, faites semblant de me le cacher. Une leçon qui reste des plus actuelles dans les bourgs et les campagnes de France, et dont l'oubli a couté cher au chef de l'Etat.

Illustration: Gabrielle d'Estrées et la duchesse de Villars, musée du Louvre, Ecole de Fontainebleau, vers 1594 (domaine public).

19:30 Publié dans images | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : miss, nu

 
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