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07/04/2008

La fin du papier glacé

665a0385ab6ecd55202e1f81ebbd9750.jpgQuels garnements, ces journalistes! Par devant, ils vous assassinent crânement le journalisme citoyen, coupable de tous les maux, incapable de produire une information de qualité. Par derrière, ils courent résolument après le train de la privatisation de la mise en scène de l'information.

Nouvel exemple la semaine dernière, avec le traitement par Paris-Match de la visite londonienne du couple présidentiel. Depuis Abou Ghraib, l'actualité chaude ("hot news") nous avait habitué à l'image numérique à bruit apparent – qualifiée dans le langage courant de "photo pixellisée". Dans ce cas, c'est le caractère exceptionnel de l'événement qui excuse la mauvaise qualité de l'image, dont on comprend qu'elle n'était pas réalisable dans d'autres conditions.

Ce n'est pas ce contexte que connotent les nombreux défauts techniques de la photo de Une du dernier numéro de Match. L'éclairage ambiant du couloir d'hôtel, la définition médiocre, le bruit apparent, les aberrations: tout contribue à faire passer la prise de vue de Claude Gassian pour une vulgaire photographie amateur. A l'école Louis-Lumière ou aux Gobelins, on doit se mordre les doigts. Plus besoin du long apprentissage de la sensitométrie, de la subtile maîtrise de la lumière ou de l'art de la retouche digitale. Désormais, un compact grand public suffit pour rendre compte d'une visite d'Etat.

Pour ce sommet du protocole, ce choix de l'intimité du couloir d'hôtel, de la photo volée, tranche avec le registre officiel et sa traduction obligée par une photo professionnelle, léchée et impeccablement retouchée. Une qualité d'image qui avait fait la marque de fabrique des magazines des années 1970, évoquée par l'expression "papier glacé", qui associe le brillant de l'impression au glamour des apparences. Un style qui déserte de plus en plus les pages illustrées des journaux, pour se cantonner désormais au seul territoire de la publicité. Pour combien de temps encore?

Commentaires

"Match" peut prendre le risque de publier comme couverture une photo aux apparences "amateur"( qui d'ailleurs légitement l'authenticité de la situation de prise de vue, décor intime, pas bien éclairé) et pas les mags débutants : "première dame" couverture bien léchée et chocolatée! Ce déplacement du papier glacé vers une présentation + pixalisée montre aussi ce que veut savourer le regard du public.

Écrit par : figue | 07/04/2008

héritage du papier glacé :
(inventaire avant fermeture ?)

1)
http://fr.youtube.com/watch?v=7cqA07eqB3s

2)
http://fr.youtube.com/watch?v=GbdgAbYUY1A

Écrit par : dd2g | 07/04/2008

Je pense qu'il serait bon de regarder à l'intérieur du magazine en question pour avoir une analyse plus fine. Car les photos de Gassian ne sont pas toutes comme celle de la cover.
On peut déjà remarquer mais en tout cas ne pas s'étonner du choix du photographe pour couvrir ce voyage présidentiel, Claude Gassian est surtout un photographe de la scène rock (début 70) , au départ, puis de la scène variété ensuite. , il est indépendant depuis de nombreuses années et a sans doute noué des contacts avec Carla quand elle nous fredonnait. Et j'avoue que j'aurais aimé voir un Gassian faire le portrait officiel du Pdt au lieu d'un "picture-people".
(Photo officielle qui d'ailleurs présente, elle, mais faut-il le rappeler, des défauts nombreux et impardonnables pour ce genre de PDV).
En tout cas certaines photos font preuve d'une réellle complicité avec le photographe, la cover tire effectivement Match vers le bas du marché mais permet aussi de s'attirer un nouveau public plus Closer et cie.
Enfin, il ne faut pas oublier le travail du magazine Gala qui dans ce genre d'exercice saura sans doute ravir André.
Enfin pour être un bon photographe sur ce genre d'exercice, il est important avant tout d'avoir des qualités humaines et un peu d'humilité, la technique (maitrise de la lumière et l'art de la retouche digitale) passera après.
L'appareil importe peu et n'oublions pas que l'on s'extasie aussi devant des photos de mode branchées à X dollars la production faites au compact (avec ombre portée du flash et reflet lunette..)(d''ailleurs , il existe de très bon des compacts).
La photo floue ou pixellisée ensuite enfin un peu vite fait, volée ou complice a toujours fait partie de la panoplie des magazines pour vendre une intimité, d'ailleurs dans Match sur ce sujet on utilise aussi le noir & blanc pour cela.

Écrit par : ©PERENOM | 07/04/2008

Bon, je suis rassuré, t'as réussi à récupérer ton exemplaire de Paris-Match à la fin de ta conférence veveysanne. J'imagine déjà autrement le billet: «la Suisse? un pays sûr. Vraiment?»*

*Toujours une question de «clichés»… ;-)

Écrit par : Lyonel Kaufmann | 08/04/2008

Paris Match officialise la dérive d'une "Straight photography" (photographie aux lumières de studio équilibrées, standard de la bonne photographie technique) en "bad photography". La « bad photography » commence aussi par l'écueil de la photographie officielle du Président, au-delà de l'aspect technique qu'elle laisse entrevoir. C'est un photographe "people", star des paparazzis influent de la presse caniveau qui est choisit par le Président pour signifier le « ton » officiel de Sarkozy aux affaires. Cette opération de vulgarisation littérale et figurée entérine aussi une pratique sociale de la photographie où les gens se foutent royalement de l’aspect technique pendant le moment la prise de vue, en tant que telle.

Écrit par : indfrisable | 10/04/2008

Les commentaires sont fermés.

 
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